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Derrière le comportement· Stefan van de Brug ·3 min de lecture

La confiance en soi ne se construit pas avec des compliments

Ce dont un élève a vraiment besoin pour commencer à se faire confiance.

Une jeune fille de douze ans, qui prenait des cours avec moi depuis un an, m’a dit un jour qu’elle ne comprenait pas. Elle venait de jouer son morceau sans faute. Vraiment sans faute – tout y était. J’ai dit : c’était bien. Elle m’a regardé et a répondu : mais je ne me sens pas bien avec ça.

Cela m’a trotté dans la tête le reste de la journée.

Car ce trimestre-là, je lui avais déjà fait des dizaines de compliments. Très bien. C’est propre. Tu as bien travaillé, ça s’entend. Et elle n’en croyait pas un mot. Pas par coquetterie, mais parce qu’elle savait que les compliments ne coûtent rien. Elle avait vite compris que je les distribuais quand le cours se passait bien. C’était plus un bulletin météo qu’un jugement.


Ce que je comprends mieux depuis : la confiance en soi ne se construit pas avec ce que les autres vous lancent. Elle se construit avec ce que vous vivez vous-même. En découvrant que quelque chose qui était difficile vous paraît maintenant plus facile. En jouant cette semaine d’un bout à l’autre un morceau qui bloquait la semaine dernière. Par le sentiment d’un avant et d’un après, et en sachant que c’est vous qui avez fait la différence.

Cela paraît évident. Mais dans la pratique des cours, nous partons souvent du principe qu’un élève qui a le moral à zéro doit être remonté. Rassurer, encourager, complimenter. Comme si le problème était un manque de mots positifs.

Ce n’est presque jamais le problème. Le problème, c’est un manque de preuves.


Une élève qui ne se fait pas confiance n’a pas d’argument. Elle dit : je n’y arrive pas. Et moi, je lui oppose une preuve contraire qu’elle n’a pas trouvée elle-même. Cela ne marche pas. Elle tire ses conclusions à partir de ses propres expériences, et tant que ces expériences ne la convainquent pas, je ne la convaincs pas non plus.

La question est donc : comment faire en sorte qu’elle rassemble elle-même des preuves ?

Cela demande une autre approche que l’encouragement. Cela demande de petites tâches juste assez difficiles. Qui ne réussissent pas du premier coup, mais au deuxième ou au troisième. Assez petites pour être vraiment menées à bout, assez grandes pour avoir du sens. Et cela demande de lui faire remarquer qu’elle l’a fait elle-même. Pas : très bien, mais : tu as entendu toi-même que c’était juste, non ?


Il se passe aussi quelque chose de plus subtil chez les élèves qui ont reçu beaucoup de compliments. Ils en sont devenus dépendants. Ils s’entraînent pour le sentiment qu’ils auront ensuite, quand ils feront entendre quelque chose de bien. Pas par curiosité pour ce dont ils sont capables, mais parce qu’ils savent qu’une récompense les attend. Et dès que cette récompense ne vient pas – face à un jury exigeant, dans un nouveau groupe, dans une situation où personne n’applaudit –, il n’y a plus rien sur quoi s’appuyer.

C’est exactement l’inverse de la confiance en soi. C’est la dépendance à l’approbation.


Je suis donc devenu plus prudent avec les compliments. Pas plus avare – je dis toujours quand quelque chose sonne bien. Mais j’essaie de les cibler. Pas : c’était beau. Mais : tu as résolu ce passage, tu l’entends ? La semaine dernière, il bloquait encore. C’est un constat, pas un jugement. Et cela lui donne quelque chose à quoi se raccrocher quand je ne suis pas là.

La différence est petite, mais elle existe. Un compliment dit ce que je pense. Un constat dit ce qu’elle a fait.


Cette jeune fille de douze ans joue toujours. Elle a quatorze ans maintenant. Elle fait encore des erreurs, joue encore parfois de façon hésitante, mais elle commence à faire confiance à son propre jugement. Parfois, elle dit d’elle-même : ce passage ne va pas encore, je dois le travailler plus lentement à la maison. Ce n’est pas quelque chose que je lui ai appris. C’est quelque chose qu’elle a déduit de ce qu’elle a vécu.

Elle a rassemblé des preuves.

Je me demande combien de vos élèves quittent leur cours avec plus d’espoir que de preuves.

La confiance en soi n'est pas un sentiment qu'on donne. C'est une conclusion que l'élève tire lui-même.